Souvenirs d’hôpital

Le souvenir du drap froid, du tissu bien repassé, l’odeur des produits d’entretien, l’absolu propreté du lieu. Une atmosphère figée, une ambiance pesante, qui alourdit le visage, et pèse sur la vie aussi. La vie grouillante semble ici n’être plus qu’une vie contrôlée, aseptisée. L’air est renouvelé, constamment. Le circuit du climatiseur, qui aspire et recrache, crée un ersatz de vent, ce faux-vent rappelle le vrai, le naturel, celui qui fouette le visage quand on fait du vélo ou quand on cours.

Quand on est enfermé dans une chambre d’hôpital, on est exclut du monde réel, on arrive dans un monde dans le monde. Mais un monde dont les limites sont visibles, restreintes, carrées, formées, ne peuvent être modifiés. On est comme dans une prison. On est privé de sa liberté, nos déplacements sont condition de notre état de santé, si celui-ci s’aggrave on aura à assumer une punition qui est infligé par le corps médical, mais plus encore par nous-même, car si on est malade c’est avant tout de notre faute, non ?

Je veux aller jouer dehors, m’amuser avec les autres, profiter de mon enfance ! Non, répond-on, tu n’es pas en forme, et s’il t’arrivait quelque chose ? Et si, et si, et si… Beaucoup d’interdit ont pour début cette supposition qui tue dans l’œuf l’être en formation, ici je parle de l’envie. Et l’envie découle d’un besoin, besoin qu’on ampute dès son éclosion. Et qu’advient-il ensuite de lui ? Il reste en nous ? Sort-il d’une autre manière, d’une manière alternative ? De quelle manière ?

 

Une sensation de fraîcheur sur le bras, de fraîcheur mêlé à du liquide, une odeur d’alcool acidifie les parois nasales, l’attente de l’aiguille, froide sur la peau que la peur réchauffe. Ce n’est qu’une aiguille, une tige si minuscule qu’on ne la crois pas cylindrique, qu’on ne s’imagine pas qu’il puisse y avoir un orifice en son milieu. La pénétrante en le faisant, fait émerger une chaleur, celle de la douleur, brève, très forte, le temps de l’englober dans son esprit qu’elle a déjà laissé sa place à une autre plus diffuse, plus douce, plus continue. Les yeux tombant sur le verre de la seringue la voit se remplir de ce fluide qui m’appartient mais dont je dois me délaisser. Je dois en céder contre mon gré à quelqu’un, hommes ou femmes en blanche blouse, à la présentation vestimentaire analogue aux literies. Sans tâche, sans éclaboussure du monde, en cet uniforme il y a un lien, il représente quelque chose.

 

Les professeurs, les médecins, les aides-soignant-e-s, les infirmièr-e-s, les femmes de ménage, toute une oligarchie de métiers qui constitue la cohérence d’un hôpital. Et qui vient rappeler à ses patients que celui-ci est prisonnier. Qu’il est privé de sa liberté, que sa liberté est sous condition. Que l’individu ne dispose pas de lui-même.

 

Il y a aussi le manque. Le manque de la famille, du père, de la mère, de la sœur, du cousin, des amis, du meilleur en premiers, des autres juste ensuite. À ce moment, l’esprit a envie de gambader, ce que le corps ne peut faire, l’esprit le compense. Les sons, les odeurs, les couleurs, les formes, la dureté des matériaux, tout cela est assimilé par l’esprit, il peut donc les reproduire à volonté.

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