La dernière procession de la chenille ?

C’est l’histoire d’une chenille ; elle sort de son œuf comme une princesse de sa chambre ; voilà que sur son chemin il y a une feuille de laitue ; la chenille la renifle ; elle se met à la dévorer petit à petit ; mais elle s’arrête ; là, elle a assez mangé, bien assez mangé, elle rote ; un bon rot de chenille, bien profond, et long, bien long ; pas un rot de chenille homosexuel, ça c’est sûr !

La chenille a fini son repas et sa digestion, elle a repris sa route ; pleins d’embuches sur cette route, des feuilles, des insectes, des chats (los diablos), des chiens, des léopards, etc… ; mais, la chenille, elle, s’en fout, elle, elle avance, tranquillement, sans se presser trop, à la vitesse d’une chenille qui a tout son temps, toute la vie devant elle pour faire son trajet, et son trajet, elle le fait, elle : elle a tout son temps.

Allez, hisse !, la chenille est sur la dernière falaise, la dernière étape avant l’ultime mangeoire, qu’elle ne voit pas encore, la rivière de feuilles !, étape obligatoire pour toute chenille goulue qui se respecte. Et voilà qu’elle voit, devant elle, allongée de tout son long, une couleuvre ! ; elle a de belles couleurs, bleue, rouge, jaune et verte ; la chenille s’arrête de stupeur, elle vient de reconnaître que la couleuvre est LA Couleuvre, le rampant le plus craint de ces terres ; elle est stoïque, moitié apeurée moitié mise en respect ; elle la contemple de toute son étendue, elle se demande quand même si, la Couleuvre, elle n’est pas en train de dormir ou autre chose de semblable ; la chenille s’y connaît bien en sommeil, elle sait voir un dormeur quand elle en voit un ! ; elle regarde à droite, et puis à gauche, elle ne peut pas avancer, la Couleuvre bloque tout le passage ; tant pis, se dit la chenille, je vais passer par le dessus de sa tête, ce qu’elle se mit à faire comme ça, tout de suite, en passant par là, avec lenteur, avec assurance, et la Couleuvre dort toujours, elle ne sent même pas la chenille qui, elle, apprécie la surface qu’elle caresse en avançant, sans trop se méfier, avec légèreté, ancestralement, comme si ça c’était toujours fait, que la Couleuvre se laisse arpenter sans bouffer l’arpentrice jusqu’au dernier enzyme… ; mais, rien ne se passe, et la chenille avance, avance, avance, avec lenteur, noblesse, et assurance ; et c’est avec les mêmes qualités qu’elle retrouve la terre chaude, et que, sans chercher à rapidement mettre de la distance entre elle et son obstacle, elle continue sa marche vers la rivière de feuilles, qu’elle voit désormais, comme une chenille en pleine possession de ses moyens, et qui avance, tranquillement, une patte à la fois.

Au bas de la pente, la rivière, grouillante de feuilles aux différents ton de vert, coule de façon immobile ; la chenille est encore un peu éloignée, son désir lui donne des ailes, elle accélère les pas. À mesure qu’elle se rapproche, elle voit, au milieu des feuilles, des cadavres de chenilles qui, comme elle, ont fait le choix d’aller mourir dans la rivière des feuilles. Qui, comme elle, ont sautés sans pousser de cris parmi cette bouilloire, pour s’abreuver, jusqu’à la mort de cette délicieuse concoction que seule la rivière des feuilles délivre.

C’est l’histoire d’une chenille ; elle sort de son œuf…

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V-I-E

Vivre !                         j’aime la mort
¡ Vivir !                        je veux qu’elle me prenne
Live!                           m’arrache à cette existence souvent trop riche pour moi

Si dieu existait sous une forme classique je le prierai pour qu’il me tue le plus vite possible — aussi tôt qu’il le voudrait.
Mourir mourir encore mourir
de la même façon qu’un lutin passe d’une blague à une autre — avec plaisir.
Je ne parle pas de la Mort mais de la mort ; eh oui vieux fou, bâton sans flaque d’eau, je parle de vivre sa vie ici-bas, comment pourrai-je encenser avec le même ravissement que quand je vois une estampe se mettre en mouvement la Mort (qui n’existe pas, contrairement à la mort) ? Il y a trop de soleils, de sourires, de fous-rires, d’ami-e-s en « moi » pour, comme un naïf gothique, trouver la Mort belle — autant exprimer la Vie directement, tu ne penses pas ?

Je veux encenser la mort comme on peut faire juter une femme-qui-se-laisse-aller — en y mettant quelques doigts bien franchement —. La mort est une chatte qui fait sortir d’elle une vie plus intense, il ne faut pas avoir peur de s’y aventurer pour sustenter l’animal que l’on porte en nous et qui, pareil à un humain marchant dans un perpétuel Sahara, ne demande que quelques gouttes de vérité pour sa soif.

F-O-U-S sont les humains s’imaginant berner leur bête ; elle est plus profonde qu’eux ; sans malice et complète liberté.

Elle, elle ne dit pas, mais elle ouvre au dire son être ; renie-la ou insulte-la c’est encore par elle que tu le peux ! Renie-la ou insulte-la et elle te déchirera de la délaisser au moment où elle a besoin que tu l’abreuves. Ne reste donc pas sourd à ses cries — aux tiens — ou ton regret ira se peindre en souvenirs de douleurs dans la vie de tes proches. Majestueux ceux qui vivent en la laissant laper lorsqu’un fleuve limpide… coule.

La vie, lorsque je suis sorti du premier sexe, m’a tout pris ; depuis, je vis pour deux « raisons » : guérir de mes blessures et découvrir, petit à petit, avec la lenteur de l’infirme (like turtles, yes?) que la vie me rend tout ce qu’elle m’avait ôté.

Vivre !
¡ Vivir !
Live!
Life
Vida
Vie
et rien en dehors d’elle !