L’illusoire brillance de la jeunesse à petit feu meurt
Laisse la place à une plate présence
Ou à de l’angoisse pour les ignorants du phénomène
« Moi je » ne choisit rien, passé l’âge de croire aux fantômes
Je marche juste, la seule chose que j’ai jamais su construire à faire.
Je me fous des banalités du quotidien, transfusion d’hémophile.
Corps-plaie ouverte, je me fous de tes expériences de découverte
Tu tapisses les murs de la chambre qui t’asphyxieras
Moi je les décape avec ma pisse pour retrouver l’air libre
Tu construis tes boulets et t’indigneras de les avoir au pied
Je me tais en sciant ceux que trop jeune je me suis fait
Tu penses comme un esclave, la vérité est dure à entendre mais
Elle libère quand on admet que l’on reconduit son envie de collier
Pour la remplacer par le désir et le plaisir de vivre vraiment.
Pas d’histoires, on est tous lâche face à la vie
Face-mensonge et l’impasse-monde nous enferme dans ses murs.
Murs de pensées, murs intangibles donc actions mortes-nées.
On devient fou, on touche un miroir qui boucle à l’infini
On se demande où est notre énergie mais elle est là-déjà
On rit de se meurtrir avec elle, Garonnette de sang
Qui lave de tout même de son ADN.
Au moment opportun le dehors se renverse en nous
Et s’ouvre un autre monde, se découvre l’envers que nous perdions à chercher.
Tu rêves d’un ailleurs plus brillant pour ressusciter ton palpitant ?
Cauchemar est ton présent, et morte est ta conscience !
Vis la réalité du présent pour y naître intensément
C’est placer l’énergie avant les mots, et l’Univers avant toi !
Oubli les belles images des films, c’est en-deçà des mots
Refoule les mélodies héroïques et les violons de ta mère
Aucune grandeur dans ce dont j’parle — que du réel et ses aspérités.
Oubli les doctrines des politiques et des philosophes à l’équerre
Oubli les rythmes des romantiques d’y a deux cent ans
Oubli les images sans âme des ke-punk du siècle passé
Oubli les zombies qui marchent aux antidépresseurs
Oubli le sens des mots, la sève qui coule en eux c’est toi, ne l’oublie plus jamais !
Oubli ton corps et ses sens pour t’en reconstruire d’autres
D’autres qui sans doute aucun ne referont pas les mêmes erreurs.

Humain

Être de chair, de sang, de sperme, d’ovaire,
De passions, d’éclairs de joie, de tourbillons de tourments
D’âme, d’esprit, d’intellect, d’oral, de divin
D’anal, de génital, d’épidermiques
D’abstraction, d’idéel, de relations multidimensionnelles
De synapses, de globules blanc et rouge
De virus, de bactéries, d’organes, d’os
D’énergie, d’aura, de vision pénétrante,
De regard intérieur, de reliance à la terre,
De partages, de rétention,
D’adages, de sciences avec raison,
D’égoïsme, d’altruisme, de soi l’annihilation,
D’amour, de mal, de haine, de bien —
De vie en somme quand l’esprit voit bien ;
De père, de mère, de frère, de sœur, de leur absence
Ou de leur trop plein de violence, manque d’amour,
De vérités, de mensonges, dans les paroles et les actes,
Dans les âmes mille couleurs, dans les voix autant de teintes,
Les peaux ont mille touchers, ont mille façons d’être atteinte.
Mille chemins, pas de destin — sauf pour le Sage qui sait passer
à travers la matière, retrouver la singularité tracée.

Je veux créer avec ma chair !

Je me lève un matin, et voilà que tout à coup c’est clair :
je veux créer avec ma chair !

Je veux créer avec ma chair, en mettant bout à bout viscère et artère
me créer un autre corps, plus fort que celui-ci.

Je veux créer avec ma chair, des textes, des poèmes,
et par-dessus tout, avec ma chair je veux écrire à l’oral – et sans tricher !

Improviser incessamment ; vivre le verbe qui se lit à peine sortit de l’intérieur, informé,
pour se répandre par syllabe à l’extérieur.

Je veux créer à partir de ma chair, si fort que je me boufferais moi-même les artères.
Je veux créer à partir de ma chair, si fort que je m’éventrerais moi-même.
Créer à partir de sa chair, veut dire : transformer la merde en or !