Épreuve de la solitude

Au moment où l’âme se retrouve seule, se fait « jour » paradoxal ce qui, sans solitude, ne se dévoile pas plus (hors situation particulière que je ne considère pas ici) que le point si l’on contemple la ligne de haut ; et qui pourtant en est nécessairement la monadique composante. Cette situation existentielle est comprise par les esprits qui méprennent leur propre impuissance de raisonnement pour l’actualisation d’un pouvoir divin en eux : l’épreuve de la solitude.

En quoi est-ce une épreuve ? En ce que cette situation se voit interprétée comme « moment de vérité » : comme moment où la vérité de leur être leur est manifestée en ce que l’âme est affectée par ce sentiment particulier. Ils acceptent ainsi comme vrai, sans peut-être comprendre d’où croissent les racines de ce chemin de pensée, que la solitude est nécessaire (ou du moins possible) au dévoilement de la vérité en tant que celle-ci affecte l’âme. Le Oui, murmurée avec le même fracas et la même banalité que s’échoue sur la plage la vague, les porte ensuite à des conséquences dont eux-mêmes ne peuvent que recueillir la naturelle validité ; en ce que, comme tout croyant véridique, ce qui leur permet de croître le mieux est de croire en la nécessité du principe de causalité (appliquée à la philosophie, ou à la théologie, et encore plus à la croyance populaire en ce que « le cœur énonce la vérité que l’intellect ne peut connaître ») qui devient, pour les plus idiots d’entre eux, dieu lui-même… Mais ce Oui-même, s’il n’était que l’actualisation d’un très ancien schéma, inventée voilà des milliers d’années par les humains en quête de solitude, ou pour se soustraire au regard ou au corps de gêneurs, pour sourdre quelque secret, quelque délire, quelqu’hérésie, quelque refuge – sera-ce encore l’appel du divin que le silence peut accueillir ?

Peu importe l’acquiescement au passé. Car dans le présent la solitude, quoi qu’elle fasse ressurgir à la surface de l’être, que ceci soit interprétée comme « vérité » ou « fausseté » pareillement, impose son interprétation par l’oblitération de quelque chose : le temps.

L’épreuve de la solitude est donc, non pas épreuve du dévoilement de la vérité de l’être à travers l’affection de l’âme, mais : épreuve du dessaisissement des interprétations « psychologiques » au profit d’une affection directe – vivante – du temps.