Sexe

Une main glisse sur un corps mouillé par l’effort,
Effleurant du bout de l’ongle chaque contour de ses formes.

La fine délimitation de la poitrine a divulgué ses secrets,
Mais la main maline cherche à encore plus en débusquer.

Arrivé au sommet, elle pince et serre ce téton
Presque aussi dur qu’un sexe en érection.

La bouche s’en mêle, s’ensuit la langue
Qui enduit de bave ce mont perçant,
Mordillé affectueusement.
Un cri de plaisir s’évade
La tête et les épaules se débattent,
Le liquide de Cypris s’écoule par vague.

J’ai envie de crever mais vivre me tente plus

J’ai une vie hardoss, amis avec plein de cas soc’
Tête et corps cassés comme la carrière de Cassius Clay
J’ai rejeté mon corps et l’existence accrochée
À force de chuter j’ai appris à les aimer

J’ai envie de crever mais vivre me tente plus
Si bien que je m’accroche à l’infime espoir de me réaliser.
Mais c’est quoi cette merde, pourquoi je respire,
J’pourrai pas juste arrêter de voir se réaliser le pire
J’espère en l’art, pour que ma colonne puisse se redresser.
J’suis paumé comme un chien dont le maître s’est suicidé
Comme une femme qui traîne un amour qui la torture
Comme un lâche qui porte son ennui avec fortune
Comme un spleen qui traine le long d’une nuit
Pour venir mourir contre un mur de lumière.
Avec une sorte de misère je vie toute ma richesse
J’unifie les contraires, ma torture est amère
Et pue la merde, au sens propre figure-toi
Vas-y j’arrête là, j’te laisse ces empreintes vocales pour que tu t’rappelles d’moi.

Retour à la solitude au solstice d’hiver
Sans père ni frère ni sœur mon corps une plaie ouverte
Allez mater, bande de putains,
Où vocifèrent vos âmes de requins quand elles veulent vous perdre ?
Je parle de vos ombres et pas de vos proches.
Lyrics à l’encre de chine tes yeux s’plissent
Encore plus quand devant toi sur moi j’pisse
Qui veut de l’eau chaude ?
Revenez m’voir dans quatre heures j’en aurai à nouveau.

Ce que j’ai à dire n’emprunte au sourire que sa forme
Est plus proche d’un sourire d’ange
Si tu oses te pencher sur ce trou béant d’étrangeté
Qui t’aspire comme un trou noir sans rien recracher

Création absolue

Est-on obligé de se poser la question de l’être en métaphysique ? Ne pourrait-on pas arrêter de se la demander ? Ne faut-il pas cesser de poser la question à quelqu’un (fut-ce à soi) ? — Vivons l’être, arrêtons de se le demander et de tenter de le faire rentrer dans nos catégories mentales préformées, cette très mauvaise domination de l’esprit sur ce qui l’origine. Les réponses à nos questions les plus profondes, celles qui sont fondatrices, ne se découvrent pas dans une réflexion où l’on attend, il faut vivre et grandir pour les voir germer : il est impossible de demander à une réponse d’apparaître là où on le décide, précisément parce que les réponses sont toujours là où on ne les attendaient pas, sous des modalités, des configurations auxquelles nous n’avions pas pensé – pour la raison que nous ne les avions pas crées.

Rencontrer une impossibilité ne veut pas dire qu’elle soit absolue, seulement que nous n’avons pas trouvé ce que que nous cherchions. Créer absolument, c’est se laisser envahir par un flux qui est l’invisible énergie grâce à laquelle toutes nos créations sont possibles.

Pour atteindre ce flux, il y a une porte, ou un passage à franchir, en tout cas quelque chose qui empêche d’y être directement – souvent, c’est l’idée que nous avons des limites de l’humain ou de l’espèce humaine, idée que nous recevons de notre époque. Cette idée peut ne pas appartenir à ce que chacun se reconnaît être, ça n’a pas d’importance ici – cette idée est une distance, un écart, que notre esprit place entre le flux et lui : l’esprit est en acte cette distance et cet écart. La première action de l’esprit est de mettre en distance, et cette action ne le quitte jamais ; et pas moins quand l’esprit se voit et se met en lumière, là aussi il crée des distances et des écarts en lui : il se complexifie ainsi.

Pour trouver quelque chose l’esprit hypostase un x vide, un territoire inexistant auparavant ; effet de son agir, une mise en distance. Mais le flux, ou l’invisible énergie est nécessairement « partout » et « avant » tout, car c’est elle qui rend possible le Réel, qui est le Réel. Le Réel n’est rien de fixe ou d’ordonner pour notre esprit. C’est pour cela que celui-ci doit venir après le Réel. Il faut vivre suivant ce qu’avant on appelait le cœur, car il fonctionne par rapprochement, par inclusion, c’est son acte : en se rapprochant de lui, il s’invagine – c’est comme un lac de lave en fusion. Aucune de ces tendances n’a de pouvoir absolu sur l’autre. Et elles défient le langage ou la logique d’arriver à les articuler (cf. al-Niffari, Les haltes) car elles ne sont pas des corps : que rapprocher et distancer.

Se laisser envahir par le flux équivaut à arriver à vivre un équilibre où le flux n’est pas trop rapproché (destruction extatique) ou n’est pas trop mise en distance (Idée, Esprit, chose en soi) ; cet équilibre pourrait avoir pour nom : conscience vide, Tao, volonté vers la puissance, tétragramme judaïque, Dieu. Cela « atteint » (peu importe qu’on pense l’avoir atteint ou non, la conscience n’est pas le bon outil) on crée, c’est-à-dire que la porte ou le passage n’empêche désormais plus l’esprit de comprendre (pensée) ce grâce à « quoi » il peut agir. Et l’esprit créateur a toujours la main chanceuse, il pêche toujours le poisson le plus inattendu dans ce fleuve qu’il reconnaît comme ce dont il provient — ce dont la distanciation qu’il a pris de lui n’est jamais que reproduite par la suite —, ce qui le remplit de joie à chaque occasion.

L’esprit agit : il hypostase un x vide, mais celui-ci est alors le flux entier, et l’esprit ne cherche aucunement sa domination : il écoute, se concentre, pénètre le flux pour se mettre à le penser comme mise en distance du flux avec lui-même – et l’esprit peut déraper car le flux est en excès total sur eux (pour le flux et pour l’esprit) – : cela c’est la création. Sans cette dé-distanciation première, l’esprit se complexifie certes, mais ne crée pas absolument. La création est un événement absolu qui ne s’arrête jamais, mais qu’on peut cependant ne pas vivre comme telle, à savoir, dans la joie, parce qu’on s’ignore dans son origine ! — Hymne à la joie !