Maturité

« Quand j’étais jeune je voulais voir l’univers vibrer dans tes yeux. Maintenant que je suis adulte, ça n’est plus aussi simple qu’avant ; mais je ne pensais pas pouvoir vivre un amour si intense avec toi. »

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Meilleurs vœux pour 2015

Je déteste l’humain.
Je déteste l’humain qui ne se contente que de ses croyances, celles de son époque, de son milieu, de sa famille.
Car oui, je déteste l’humain qui a besoin de croire, qui a besoin de penser qu’il sait (savoir) ce qu’est l’humain.
Ma détestation repose sur deux raisons, qui sont peut-être de même importance.
Dès que l’on sait ce qu’est l’humain : le moment est venu d’évacuer ceux qui sont de trop, les intolérables.
Dès que l’on sait ce qu’est l’humain : le moment est venu où il pervertie (de lui-même) sa propre nature, en la faisant se retourner contre elle-même.

Quant, sous l’effet d’un traumatisme insurmontable, d’une faim stomacale, ou autre chose qui permet d’explorer les coulisses de l’humain on est arrivés, à force de privation, à explorer (par la vie et la pensée) ce qu’il y a de plus profonds : on acquiert une connaissance qui donne de l’âge en même temps qu’elle fait rajeunir – le réel « est » un chaos[1].

Je déteste l’humain qui se refuse à l’absence de vérité – le sol où la plante qu’il est croît. J’entends que cette détestation n’est pas l’effet d’un pouvoir de classe, ou de genre, ni de race ; mais bien de la Nature : le chaos gronde d’autant plus quand on essaie – vainement – de lui faire accroire/avouer qu’il est Rien. Cette volonté de coercition provient d’un humain qui s’est voilé la face – en tordant la Nature – sur la Nature : par quoi l’on voit qu’une telle volonté est véritablement vaine.
Je déteste la bêtise, car sa puissance se résume en une esthétique de la vérité qui n’est qu’une vanité ontologique (« Je Sait »). Les « gens sérieux » le sont d’autant moins en cachant leurs matières chaotiques derrière une forme, trop sociale pour qu’ils en soient la seule cause.

Tu pourras ne pas être en accord avec moi ; il se pourrait que nous n’en soyons pas aux mêmes stades d’évolutions, relativement aux concepts fondamentaux qui sont utilisés ici ; ce n’est grave que sur la forme car il est impossible – en restant sérieux, s’entend – que tu n’aie pas deviné, ou même compris que cette « misanthropie » est soumise à une autre puissance.

L’éducation et les expériences [2] que j’ai eus – quoi que j’en dise dans mes mauvais jours – la joie de recevoir et de faire me font appeler cette puissance cachée, l’Amour ; car, poéti-quement parlant, l’amour rassemble, re-joint, celui qui se croit séparé et désassemblé.

C’est donc l’amour de la pensée humaine qui me fait haïr une certaine conception de l’humanité.

Bonne année à toi !

 

[1] « Ce qui caractérise le chaos c’est moins l’absence de déterminations que la vitesse infinie à laquelle elles s’ébauchent et s’évanouissent : ce n’est pas un mouvement de l’une à l’autre, mais au contraire l’impossibilité d’un rapport entre deux déterminations, puisque l’une n’apparaît pas sans que l’autre ait déjà disparu, et que l’une apparaît comme évanouissante quand l’autre disparaît comme ébauche. […] Le chaos défait dans l’infini toute consistance. » Deleuze-Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, I, 2.

[2] (S’)éduquer c’est (s’)apprendre à assumer des expériences.