époque révolue ?

M’entoure du mal-être ; mon visage est celui d’un arrogant heureux de souffrir ; je tente de fuir ma souffrance, mais c’est impossible, elle est là avec moi tout le temps. Que je bouge trop vite, que je passe trop vite à une autre pensée : le fait est là, la souffrance est avec moi. Suis-je la souffrance ? Il serait romantique de dire que oui ; mais ça serait faux. Je ne suis pas la souffrance car sinon je serais déjà mort. Je ne suis pas la souffrance, seulement elle est une enveloppe ; une enveloppe si finement collée à moi, à ma peau, qu’il me semble qu’elle est moi ; mais c’est faux.

Tout ceci n’est d’abord pas une pensée, c’est en premier une sensation ; ensuite, une pensée s’y ajoute.

Fonder une conscience des sensations est plus important que de se fonder une conscience de la pensée ; même si c’est certain que celle-ci est importante aussi. Mais il faut se méfier. La pensée, mal utilisée, utilisée d’une façon morale, peut jouer le rôle de la castratrice.

Je ne suis pas la souffrance, elle est cette fine pellicule qui colle à la peau, et que j’arrive parfois à voir de plus haut, mais que je ne veux pas renier, car si je le faisais, je renierais dans le même moment une partie de moi-même. La souffrance est une composante.

quelques mots maladroits, – une pensée naissante ?

C’est quand on arrive à voir une idée en quatre dimensions que l’on arrive à percevoir les mouvements infimes du voilement et du dévoilement de la vérité. C’est son charme.

Ce mouvement de voilement-dévoilement peut nous plonger dans un tourbillon, – de la tristesse peut émaner. Mais, ne pas se contenter de la tristesse.

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regarde le monde devant toi que vois-tu des mouvements des courants la réalité c’est le perpétuel mouvement jamais rien n’est identique tout coule suivant son rythme propre les conflits entre humains proviennent de ce que les divers rythmes qui les constituent et les traversent ne sont point en harmonie les uns avec les autres la chose qui demande le plus de lâcher-prise – be water, my friend – sur ses ressentis c’est de vivre qu’est-ce que veut dire vivre incarner le courant qui est en train de nous traverser

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Le problème n’est certainement pas que la vie n’ait pas de sens. Ce qui pose problème c’est le fait de ressentir ce fait comme un problème. D’ailleurs, où est la justice de ressentir le non-sens de la vie comme un problème… ne serait-ce pas plutôt une bonne nouvelle ?

On prend si vite l’habitude de maudire une vague lorsqu’on n’a pas réussi à la « chevaucher »… où est la justice dans cela ? La justice émane du fait, elle est sa continuation naturelle simple directe. Quand on ne réussit pas à faire quelque chose c’est simplement parce qu’il manquait des « éléments », de la détermination, de l’ardeur à la tâche, tous ces ingrédients qui font la confiance en soi, l’agissement de ses capacités. Agir ses capacités c’est arriver à mettre en forme, à l’extérieur de nous même, mais, à partir de l’intérieur, nos forces de vivre, d’expansion. Les moments durant lesquels nous faisons ce que nous portions profondément en nous ne contiennent pas des moments de vérité qualitativement plus « importants » que les autres – car tout moment est vérité, quoi que nous voulons penser d’eux : la vie se contrefout de ce qu’on pense d’elle, elle précède toujours les mots car elle est leur terre : les mots ne sont jamais que vie enfermée, comment alors décrire la vie ? Sachons plutôt apprécier son silence –– ce sont juste des moments pendant lesquels la vie revêt l’aspect de notre singularité. L’enchaînement linéaire des mots est trompeur, il n’y a pas d’ordre dans l’apparition des choses, elles apparaissent toutes en même temps – : on est en train d’être.

Que le silence se fasse et que la reconnaissance de l’invisibilité de la vie soit.