L’ami et la mort

C’est l’ami qui est le signe que la mort et la souffrance ne sont pas les chemins finaux de l’existant, dans la tentation que ceux-ci lui offre, dans la mesure où un horizon dont le seul paysage serait la mort ne saurait permettre à l’existant d’envisager autre chose que cette dernière.

C’est par l’empressement à faire lien avec l’ami que le souffrant montre avec le plus de clarté son besoin de l’ami.

Non pas que l’ami soit là pour combler un manque, un vide — il est là pour que l’esprit soit occupé à penser à autre chose qu’à sa propre mort. En effet, l’esprit est un corps qui ne se vit pas comme une matière mais qui n’en a pas moins, comme elle, la faculté de mourir.

S’occuper l’esprit, faire en sorte qu’il sorte du cercle vicieux qui se trouve au-dessus de la mort (vue comme un précipice dans lequel, fatalement, chacun doit tomber). Le terme de cela étant ce qui est réservé à la discrétion de chacun, ou à celui du hasard.

Et c’est en réaction par rapport à cette mort que s’affirme, en se faisant plus tranchante plus vive la volonté de vivre : elle est a posteriori.