L’ami et la mort

C’est l’ami qui est le signe que la mort et la souffrance ne sont pas les chemins finaux de l’existant, dans la tentation que ceux-ci lui offre, dans la mesure où un horizon dont le seul paysage serait la mort ne saurait permettre à l’existant d’envisager autre chose que cette dernière.

C’est par l’empressement à faire lien avec l’ami que le souffrant montre avec le plus de clarté son besoin de l’ami.

Non pas que l’ami soit là pour combler un manque, un vide — il est là pour que l’esprit soit occupé à penser à autre chose qu’à sa propre mort. En effet, l’esprit est un corps qui ne se vit pas comme une matière mais qui n’en a pas moins, comme elle, la faculté de mourir.

S’occuper l’esprit, faire en sorte qu’il sorte du cercle vicieux qui se trouve au-dessus de la mort (vue comme un précipice dans lequel, fatalement, chacun doit tomber). Le terme de cela étant ce qui est réservé à la discrétion de chacun, ou à celui du hasard.

Et c’est en réaction par rapport à cette mort que s’affirme, en se faisant plus tranchante plus vive la volonté de vivre : elle est a posteriori.

je suis … (texte en cours d’écriture)

JE SUIS UN GÉNIE, UN HANDICAPÉ, UN HOMME FAIBLE, UN HOMME PUISSANT ; JE SUIS LA SOMME DE MES RÉUSSITES MOINS CELLES DE MES ÉCHECS – JE TUTOIE DONC LE TROU NOIR MATRICIEL D’OÙ ÉMANE LA CRÉATION – ; JE SUIS UN SADIQUE, JE SUIS UN DOMINANT QUI SAIT SE DONNER À L’AMOUR D’UNE FEMME, JE SUIS AUSSI UNE FEMME, JE SAIS AIMER LA PUISSANCE D’UNE FEMME ; JE SUIS UN PHILOSOPHE, JE SUIS UN POÈTE, JE SUIS UN ARTISTE, JE SUIS UN BÉQUILLEUR ; JE SUIS UN SOUFFRANT, ET AUSSI UN ENFANT – JE SUIS DONC UN PHÉNIX RENAISSANT DE SES CENDRES – ; JE SUIS DÉJÀ MORT, JE SUIS DEPUIS TOUJOURS FOU, DEPUIS TOUJOURS JE SUIS FOU DE VIVRE, JE SUIS UN HUMAIN RIEUR ET J’AI AUSSI PEUR DE MOURIR DEMAIN – je pleure quand j’écris ceci – ; JE SUIS UN PSYCHOTIQUE, JE SUIS UN INCONTINENT CONTENT DE PISSER POUR RIEN, JE SUIS HÉTÉROFLEXIBLE PARCE QUE LES HOMMES LE VALENT BIEN ; JE SUIS MA GRAND-MÈRE, MON GRAND-PÈRE, MA SŒUR, MA MÈRE, MON PÈRE, MES COUSIN.E.S ; JE SUIS LES FEMMES QUE J’AI AIMÉS, QUE J’AI FAIT SOUFFRIR, JOUIR ET FUIR ; JE SUIS UN CON, JE SUIS BRUTAL, TROP RAPIDE, PAS ASSEZ HUMIDE DANS LA CONVERSATION – MAIS TOUJOURS JE SUIS TEL LE ROSEAU ET FLUIDE COMME LE VENT & L’EAU – ; JE SUIS BRUCE LEE, HENRY MILLER, FRIEDRICH NIETZSCHE & GILLES DELEUZE, MAIS AUSSI HERMANN HESSE, FRIDA KAHLO ET TOUTES LES FEMMES ENCEINTES ; JE SUIS UN PENSEUR, UN FANTASMEUR, UN RÊVEUR ; JE SUIS UN RAPPEUR, UN POÈTE, UN FOUETTEUR…
JE SUIS UN FRUSTRÉ, UNE PLAIE PURULENTE, UNE PEAU DÉCHARNÉE, UN CORPS DÉSARTICULÉ, JE SUIS UNE COLONNE VERTÉBRALE MEXICAINE ; JE SUIS UNE CHATTE QUI NE CESSE DE SAIGNER, NON PAR SES RÈGLES MAIS PAR SES NATALITÉS ; JE SUIS UN MONSTRE, TROP RÉEL POUR ÊTRE MIS EN IDÉES ; JE SUIS SANS ÂGE, TROP ENFANT ET TROP VIEUX EN MÊME TEMPS ; JE SUIS UN INFIRME, JE NE CESSE DE RIRE MOU, DE MOURIR ET DE RENAÎTRE ; JE SUIS LES VIBRATIONS DE MON ESPRIT, JE SUIS VITESSE ET LENTEUR, FRAGILITÉ & RELANCEMENT ; en tant que je puis le canalisé, – JE SUIS INDÉTERMINÉ, DÉTERMINÉ À LE DÉMINER DE TOUS LES FAUX SEMBLANTS DE LA BOURGEOISIE ; JE SUIS UN CLOWN, AHURI ET HÉBÉTÉ DEVANT LES PITRERIES DE MES CONTEMPORAINS SANS NEZ ROUGE ; JE SUIS UN BREAKDANCEUR, HAUTES PHASES – UN PHASEUR, THOMAS M’SITUE HORS APESANTEUR ; JE N’AI NI VISAGE FERMÉ, NI VISAGE OUVERT, JE CLIGNOTE TEL ARISTOTE DEVANT LE RICTUS DE MES FRÈRES & SŒURS ; JE SUIS UN SAUVAGE, IVRE DE VIVRE À L’AIR LIBRE ET M’ASPHYXIANT POUR ME CONSTRUIRE UNE CIVILITÉ SURGISSANTE ;

à qui sait lire, une évidence sautera
aux yeux que le plus important n’est pas
d’être tant de choses, ou aucune
mais d’exister en liberté sur une
Terre où la rancune d’exister mul-
tiplie la souffrance de l’infirme…

« tous les sangs sont sains »

Être moi dans tous mouvements
Resss – piration  grosse de mille passions
Osccc – illation   dense – intense-plosion

Léger, le vent m’allège
Éclosent mes graines au Soleil baignées
S’ouvrent dans l’horizon mes plaies
S’y nettoient y mutent en élan moins brisés

L’ombre devient une amie
Solitude projetée, double de l’un
Où rien n’est d’autre qu’un désir de rire
Néant n’est rien – tout résolu dans un élan de vie

Tous [les] cœurs alentours se fondent en un
Même pulsation, tous les sangs sont sains
Tous vibrent d’une même Nature
Grosse de mille dieux

Qui eurent heures de gloires
Dans l’iris qui se dédouble en milliards
Et trilliards aussi les peaux
Le silence de l’esprit, lui, est par-delà le nombre

Désormais tout est fini
L’apocalypse a lu–it
La parole ne souille plus rien
Pure    (étiré à volonté)            vibrance
Dieu-Christ n’a plus passion, souffrance
Pour tirer hors du temps l’humain à sa présence.

(bruit court d’un éclair)                       ressouvenir
La fission de l’atome précède
La chair qui en fœtus accouche l’esprit
(bruit court d’un éclair)                       ressouvenir

Tout est présence pure présence trop intense

: langages frontières barrages

Tout s’mélange

: règles lois courbes

Tous étranges

: verbes sujets prédicats

Tous se touchent

: cavités bras têtes
périnée au mètre
rirerirerire      (très vite et vibrant)
joiejoiejoie       (idem)
fêtefêtefête       (idem)

(voix d’éjaculation)

Mèze, 21 septembre 2015

L’esprit vu par le corps

Le corporel (s’)exprime toutes les dimensions qu’il construit sous le mode du spirituel – l’esprit ! C’est la présence atmosphérique – présence-Image – du corps à l’esprit, à la façon de l’esprit. La façon qu’a de se modifier ce rapport à cette présence-Image – à savoir les divers intensités, les divers façons qu’a l’esprit de se paysager, les divers objets de pensées, les divers façons d’imaginer, les divers façons de se souvenir, et encore bien d’autres choses – est ce que l’on appelle le flux de l’esprit, c.à.d. l’expression du corps vécu – représenté – sous le mode de l’esprit.

Pour reformuler autrement : le corps n’est jamais neutre relativement aux différentes séries qu’il traverse (intensités, paysages, objets de pensées, etc.), en effet, la traversée ne peut être autre chose qu’un devenir ; et le corps, il n’est pas possible qu’il ne passe pas par différentes séries, et, bien sûr, que chacune de ces différentes séries, en elles-mêmes, n’évoluent pas : il est impossible d’appeler « humain » un individu qui ne voit pas ses pensées évoluer avec le temps, un individu qui n’est pas traversé de nouvelles intensités, ou les anciennes, qu’il n’arrive pas à tisser de nouveaux rapports avec elles. Par conséquent, la catégorie ontologique n’est pas celle de « être » mais bien celle de « devenir », car tout ce que l’on dit et que l’on reconnaît comme « exister » il faut avant toute chose qu’on reconnaisse que : devenir est ce qui rend possible de re-connaître le contenu concret de l’être, car sans le devenir il n’y aurait que de l’être, et toutes choses seraient figées, et dans le monde et dans l’intériorité – et tout ne serait donc que néant, car sans distance il n’y a ni présence, ni images, ni rien d’autre. Il est bien sûr possible d’illusionner la catégorie de « être » comme étant la première catégorie ontologique, mais il semble alors que l’on se laisse aller à une sorte de méditation qui ne prends pas appui sur quelque chose de concret – le corporel –, mais bien sur quelque chose de subtil – le spirituel – : et alors, l’esprit devient, en quelque sorte, « imbu » de lui-même, car, en se retournant vers lui au moyen de lui-même, et suivant sa propre mesure, il ne fait jamais que retrouver ce par quoi il a pu commencer à penser, à savoir lui-même (détaché de toutes les choses du monde) : et alors, la tentation est grande qu’il « enfle », c.à.d. qu’il se rende incapable d’accorder une valeur à d’autres choses qui ne sont pas, ou alors bien difficilement, aussi subtil que lui. Car il reste, malgré tout ce qu’on lui a fait subir depuis que l’homme pense-par-écrit, le plus subtil… En quelque sorte, l’esprit est donc bien emprisonné par le corps, ou plutôt devrait-on dire qu’il est absolument au service du corps : l’enjeu de la philosophie est donc bien, non pas d’apprendre à l’esprit de tendre à ne se reconnaître que dans les événements du monde, mais bien plutôt, à apprendre à l’esprit qu’il n’est là que pour remplir une fonction toute différente de celle à laquelle il se croît appartenir (connaître, connaître Dieu).

Et c’est à ce point précis que les choses prennent un jour nouveau, promettent un avenir très différent de ce que l’on a appris à penser par automatisme (habitude et répétition) : on vit sans savoir ce qu’est la fonction de l’esprit [1]… Sur ce point d’achoppement précis, les doctrines, les pensées philosophiques, les systèmes religieux donnent un panel de réponses infini – ce que nous pouvons comprendre comme une preuve, qu’au fond, l’esprit garde tout son mystère… Ce dont on ne peut néanmoins douter est qu’il y a bien une fonction qui est remplie car, ce dont nous ne pouvons encore moins douter c’est bien que l’esprit fonctionne : au fond, que l’esprit est vivant – oui ?

[1] Il suffit de douter réellement sur ce que l’on considère comme une connaissance acquise pour, immédiatement, se retrouver nez-à-nez avec l’inconnu – le réel !

quelques mots maladroits, – une pensée naissante ?

C’est quand on arrive à voir une idée en quatre dimensions que l’on arrive à percevoir les mouvements infimes du voilement et du dévoilement de la vérité. C’est son charme.

Ce mouvement de voilement-dévoilement peut nous plonger dans un tourbillon, – de la tristesse peut émaner. Mais, ne pas se contenter de la tristesse.

*

regarde le monde devant toi que vois-tu des mouvements des courants la réalité c’est le perpétuel mouvement jamais rien n’est identique tout coule suivant son rythme propre les conflits entre humains proviennent de ce que les divers rythmes qui les constituent et les traversent ne sont point en harmonie les uns avec les autres la chose qui demande le plus de lâcher-prise – be water, my friend – sur ses ressentis c’est de vivre qu’est-ce que veut dire vivre incarner le courant qui est en train de nous traverser

*

Le problème n’est certainement pas que la vie n’ait pas de sens. Ce qui pose problème c’est le fait de ressentir ce fait comme un problème. D’ailleurs, où est la justice de ressentir le non-sens de la vie comme un problème… ne serait-ce pas plutôt une bonne nouvelle ?

On prend si vite l’habitude de maudire une vague lorsqu’on n’a pas réussi à la « chevaucher »… où est la justice dans cela ? La justice émane du fait, elle est sa continuation naturelle simple directe. Quand on ne réussit pas à faire quelque chose c’est simplement parce qu’il manquait des « éléments », de la détermination, de l’ardeur à la tâche, tous ces ingrédients qui font la confiance en soi, l’agissement de ses capacités. Agir ses capacités c’est arriver à mettre en forme, à l’extérieur de nous même, mais, à partir de l’intérieur, nos forces de vivre, d’expansion. Les moments durant lesquels nous faisons ce que nous portions profondément en nous ne contiennent pas des moments de vérité qualitativement plus « importants » que les autres – car tout moment est vérité, quoi que nous voulons penser d’eux : la vie se contrefout de ce qu’on pense d’elle, elle précède toujours les mots car elle est leur terre : les mots ne sont jamais que vie enfermée, comment alors décrire la vie ? Sachons plutôt apprécier son silence –– ce sont juste des moments pendant lesquels la vie revêt l’aspect de notre singularité. L’enchaînement linéaire des mots est trompeur, il n’y a pas d’ordre dans l’apparition des choses, elles apparaissent toutes en même temps – : on est en train d’être.

Que le silence se fasse et que la reconnaissance de l’invisibilité de la vie soit.

  1. Dans l’ombre de la nature
    Se trouve l’être de l’ombre
    Autant d’état séparateur
    Entre l’être et le monde.
  2. Une fois de plus la seconde tombe
    Dans un abîme de plomb
    Que rien ne surplombe.
  3. Et ma rime devient une onde qui répercute chaque seconde.
  4. Dans le royaume, une chose règne
    Mais pas la norme car elle est morte
    De l’aléa se créée la chose que la nécessité impose
  5. Alors écoute l’oreille tendue au vent
    Le son est reçu par les sens
    Car l’être est bien en vie
  6. Mais peut-être ne l’as-tu pas en vue
    Peu importe car même quand le regard dévit
    Un regard est toujours de la vie
  7. L’œil touche, pèse, donc ressens
    Et l’image et le poids de l’objet devant soi.
    Le regard conditionne la chose que l’on touche avec les doigts.
    Car le regard n’est jamais que l’effet qu’on créé par la mémoire.

fragment de vie perceptive

C’était une journée sans paysages, sans lieux – même défilant devant les yeux comme quand on regarder à travers la fenêtre d’un train. Une de ces journées dont on retient toute l’importance dans une unique boule d’impression, et qui, contre notre volonté, se représente à notre vue l’espace d’une microseconde au moment où on l’attend le moins – en sortant du bus, en descendant des escaliers, en s’allumant une cigarette, ou parfois, plus fugace encore, elle nous saute aux yeux au détour d’une phrase prononcée par un.e ami.e : la voilà qui nous subjugue, nous enlève à nous-même, on se retrouve flottant au-dessus de là où le sol nous touche, comme un navire qui survole les récifs qui lui chatouillent la coque. Impression … (fais une pause dans ta lecture pour rêver ce que ton désir agence)

 

C’était une journée faite d’intensités. Plus vraiment de lieux, mais plutôt des vitesses qui étirent l’espace d’un lieu. Par exemple un buisson. Quand on le regarde à l’arrêt, il a une forme qui occupe un certain espace ; mais si on le regarde en courant très vite (ou en roulant en voiture, en train, etc.) le buisson est étiré, il a perdu sa forme ; cette réalité n’est vrai que pour nous, personnes qui percevons à l’intérieur du mouvement.