fragment de vie perceptive

C’était une journée sans paysages, sans lieux – même défilant devant les yeux comme quand on regarder à travers la fenêtre d’un train. Une de ces journées dont on retient toute l’importance dans une unique boule d’impression, et qui, contre notre volonté, se représente à notre vue l’espace d’une microseconde au moment où on l’attend le moins – en sortant du bus, en descendant des escaliers, en s’allumant une cigarette, ou parfois, plus fugace encore, elle nous saute aux yeux au détour d’une phrase prononcée par un.e ami.e : la voilà qui nous subjugue, nous enlève à nous-même, on se retrouve flottant au-dessus de là où le sol nous touche, comme un navire qui survole les récifs qui lui chatouillent la coque. Impression … (fais une pause dans ta lecture pour rêver ce que ton désir agence)

 

C’était une journée faite d’intensités. Plus vraiment de lieux, mais plutôt des vitesses qui étirent l’espace d’un lieu. Par exemple un buisson. Quand on le regarde à l’arrêt, il a une forme qui occupe un certain espace ; mais si on le regarde en courant très vite (ou en roulant en voiture, en train, etc.) le buisson est étiré, il a perdu sa forme ; cette réalité n’est vrai que pour nous, personnes qui percevons à l’intérieur du mouvement.

en lisant Sollers

Aussi loin que je me le représente
J’ai toujours pensé que le Sage
Réussissait à unir son Dieu et son démon.
Mais nous, pauvres mortels,
Sommes condamnés à quêter l’un
Quand l’autre nous pend au nez.
Quand l’un nous accable
L’autre nous acclame
Enfin quant un jouit l’autre meurt
Et ceci, éternellement…

Silence nocturne
Vois mes griffes se planter
Vapeurs sans matières
Je fends l’vent
Comme mon crachat touche la Lune
J’tombe dans un silence
L’bruit bourdonne mes oreilles
Mon stylo caresse les feuilles
Âge sans corps de femmes
Largeur d’esprit par incontinence anale ?
Frustre-à-Zion, des-pressions, mise en bière
Anachorète, corps sans peau
tout ça pendant l’enfance
Des kilomètres dans l’myst
Chassés par des bruits d’monstres
Glissement spongieux, un cri,
plus d’respirations
C’est net, marqué, un avant, un après
Pas d’défense, ni d’reflet, sur l’parquet
Un oiseau, un héros, un nombre égal à 0
Un bruit, sans lieu, une tête, sans pieds.

24 avril 2015

Constat pratique

Je ne sais rien de plus que cela. Je vis en baignant dans l’Infini des Intensités du Monde-pour-l’Humain — je vis baignant dans la Nature. Le problème c’est qu’Autrui a plus difficilement conscience de cela que moi… à moins que je me trompe, et qu’au moyen de l’idée que j’ai d’Autrui je ne cherche qu’à m’infliger ma propre peur des Intensités pour supporter ces dernières ? — Les dieux ont le sens de l’humour, alors, oui, tout est possible.

En passant

26 mars 2012

Il y a des instants où on vit comme en retrait des flux de la vie : devant soi on peut se projeter ses devenirs. Ça n’est pas le futur que l’on voit, mais les possibles, les promesses — que l’existence nous en fera vivre, que nous existerons —… Il n’existe aucune « route » en réalité, seulement un point de hauteur où notre désir dispense ses rayons dans notre esprit, où notre être rayonne et ris secrètement – et où ce rire petit à petit se dévoile, se met à rire pour lui-même ; que s’ouvre notre ventre à un tournoiement de lumière, qu’une danse apparaisse, qu’un sourire soit recueilli, qu’une jambe se déploie : que chair et âme vibrent en résonnance.

V-I-E

Vivre !                         j’aime la mort
¡ Vivir !                        je veux qu’elle me prenne
Live!                           m’arrache à cette existence souvent trop riche pour moi

Si dieu existait sous une forme classique je le prierai pour qu’il me tue le plus vite possible — aussi tôt qu’il le voudrait.
Mourir mourir encore mourir
de la même façon qu’un lutin passe d’une blague à une autre — avec plaisir.
Je ne parle pas de la Mort mais de la mort ; eh oui vieux fou, bâton sans flaque d’eau, je parle de vivre sa vie ici-bas, comment pourrai-je encenser avec le même ravissement que quand je vois une estampe se mettre en mouvement la Mort (qui n’existe pas, contrairement à la mort) ? Il y a trop de soleils, de sourires, de fous-rires, d’ami-e-s en « moi » pour, comme un naïf gothique, trouver la Mort belle — autant exprimer la Vie directement, tu ne penses pas ?

Je veux encenser la mort comme on peut faire juter une femme-qui-se-laisse-aller — en y mettant quelques doigts bien franchement —. La mort est une chatte qui fait sortir d’elle une vie plus intense, il ne faut pas avoir peur de s’y aventurer pour sustenter l’animal que l’on porte en nous et qui, pareil à un humain marchant dans un perpétuel Sahara, ne demande que quelques gouttes de vérité pour sa soif.

F-O-U-S sont les humains s’imaginant berner leur bête ; elle est plus profonde qu’eux ; sans malice et complète liberté.

Elle, elle ne dit pas, mais elle ouvre au dire son être ; renie-la ou insulte-la c’est encore par elle que tu le peux ! Renie-la ou insulte-la et elle te déchirera de la délaisser au moment où elle a besoin que tu l’abreuves. Ne reste donc pas sourd à ses cries — aux tiens — ou ton regret ira se peindre en souvenirs de douleurs dans la vie de tes proches. Majestueux ceux qui vivent en la laissant laper lorsqu’un fleuve limpide… coule.

La vie, lorsque je suis sorti du premier sexe, m’a tout pris ; depuis, je vis pour deux « raisons » : guérir de mes blessures et découvrir, petit à petit, avec la lenteur de l’infirme (like turtles, yes?) que la vie me rend tout ce qu’elle m’avait ôté.

Vivre !
¡ Vivir !
Live!
Life
Vida
Vie
et rien en dehors d’elle !

Souvenirs d’hôpital

Le souvenir du drap froid, du tissu bien repassé, l’odeur des produits d’entretien, l’absolu propreté du lieu. Une atmosphère figée, une ambiance pesante, qui alourdit le visage, et pèse sur la vie aussi. La vie grouillante semble ici n’être plus qu’une vie contrôlée, aseptisée. L’air est renouvelé, constamment. Le circuit du climatiseur, qui aspire et recrache, crée un ersatz de vent, ce faux-vent rappelle le vrai, le naturel, celui qui fouette le visage quand on fait du vélo ou quand on cours.

Quand on est enfermé dans une chambre d’hôpital, on est exclut du monde réel, on arrive dans un monde dans le monde. Mais un monde dont les limites sont visibles, restreintes, carrées, formées, ne peuvent être modifiés. On est comme dans une prison. On est privé de sa liberté, nos déplacements sont condition de notre état de santé, si celui-ci s’aggrave on aura à assumer une punition qui est infligé par le corps médical, mais plus encore par nous-même, car si on est malade c’est avant tout de notre faute, non ?

Je veux aller jouer dehors, m’amuser avec les autres, profiter de mon enfance ! Non, répond-on, tu n’es pas en forme, et s’il t’arrivait quelque chose ? Et si, et si, et si… Beaucoup d’interdit ont pour début cette supposition qui tue dans l’œuf l’être en formation, ici je parle de l’envie. Et l’envie découle d’un besoin, besoin qu’on ampute dès son éclosion. Et qu’advient-il ensuite de lui ? Il reste en nous ? Sort-il d’une autre manière, d’une manière alternative ? De quelle manière ?

 

Une sensation de fraîcheur sur le bras, de fraîcheur mêlé à du liquide, une odeur d’alcool acidifie les parois nasales, l’attente de l’aiguille, froide sur la peau que la peur réchauffe. Ce n’est qu’une aiguille, une tige si minuscule qu’on ne la crois pas cylindrique, qu’on ne s’imagine pas qu’il puisse y avoir un orifice en son milieu. La pénétrante en le faisant, fait émerger une chaleur, celle de la douleur, brève, très forte, le temps de l’englober dans son esprit qu’elle a déjà laissé sa place à une autre plus diffuse, plus douce, plus continue. Les yeux tombant sur le verre de la seringue la voit se remplir de ce fluide qui m’appartient mais dont je dois me délaisser. Je dois en céder contre mon gré à quelqu’un, hommes ou femmes en blanche blouse, à la présentation vestimentaire analogue aux literies. Sans tâche, sans éclaboussure du monde, en cet uniforme il y a un lien, il représente quelque chose.

 

Les professeurs, les médecins, les aides-soignant-e-s, les infirmièr-e-s, les femmes de ménage, toute une oligarchie de métiers qui constitue la cohérence d’un hôpital. Et qui vient rappeler à ses patients que celui-ci est prisonnier. Qu’il est privé de sa liberté, que sa liberté est sous condition. Que l’individu ne dispose pas de lui-même.

 

Il y a aussi le manque. Le manque de la famille, du père, de la mère, de la sœur, du cousin, des amis, du meilleur en premiers, des autres juste ensuite. À ce moment, l’esprit a envie de gambader, ce que le corps ne peut faire, l’esprit le compense. Les sons, les odeurs, les couleurs, les formes, la dureté des matériaux, tout cela est assimilé par l’esprit, il peut donc les reproduire à volonté.