fragment de vie perceptive

C’était une journée sans paysages, sans lieux – même défilant devant les yeux comme quand on regarder à travers la fenêtre d’un train. Une de ces journées dont on retient toute l’importance dans une unique boule d’impression, et qui, contre notre volonté, se représente à notre vue l’espace d’une microseconde au moment où on l’attend le moins – en sortant du bus, en descendant des escaliers, en s’allumant une cigarette, ou parfois, plus fugace encore, elle nous saute aux yeux au détour d’une phrase prononcée par un.e ami.e : la voilà qui nous subjugue, nous enlève à nous-même, on se retrouve flottant au-dessus de là où le sol nous touche, comme un navire qui survole les récifs qui lui chatouillent la coque. Impression … (fais une pause dans ta lecture pour rêver ce que ton désir agence)

 

C’était une journée faite d’intensités. Plus vraiment de lieux, mais plutôt des vitesses qui étirent l’espace d’un lieu. Par exemple un buisson. Quand on le regarde à l’arrêt, il a une forme qui occupe un certain espace ; mais si on le regarde en courant très vite (ou en roulant en voiture, en train, etc.) le buisson est étiré, il a perdu sa forme ; cette réalité n’est vrai que pour nous, personnes qui percevons à l’intérieur du mouvement.

V-I-E

Vivre !                         j’aime la mort
¡ Vivir !                        je veux qu’elle me prenne
Live!                           m’arrache à cette existence souvent trop riche pour moi

Si dieu existait sous une forme classique je le prierai pour qu’il me tue le plus vite possible — aussi tôt qu’il le voudrait.
Mourir mourir encore mourir
de la même façon qu’un lutin passe d’une blague à une autre — avec plaisir.
Je ne parle pas de la Mort mais de la mort ; eh oui vieux fou, bâton sans flaque d’eau, je parle de vivre sa vie ici-bas, comment pourrai-je encenser avec le même ravissement que quand je vois une estampe se mettre en mouvement la Mort (qui n’existe pas, contrairement à la mort) ? Il y a trop de soleils, de sourires, de fous-rires, d’ami-e-s en « moi » pour, comme un naïf gothique, trouver la Mort belle — autant exprimer la Vie directement, tu ne penses pas ?

Je veux encenser la mort comme on peut faire juter une femme-qui-se-laisse-aller — en y mettant quelques doigts bien franchement —. La mort est une chatte qui fait sortir d’elle une vie plus intense, il ne faut pas avoir peur de s’y aventurer pour sustenter l’animal que l’on porte en nous et qui, pareil à un humain marchant dans un perpétuel Sahara, ne demande que quelques gouttes de vérité pour sa soif.

F-O-U-S sont les humains s’imaginant berner leur bête ; elle est plus profonde qu’eux ; sans malice et complète liberté.

Elle, elle ne dit pas, mais elle ouvre au dire son être ; renie-la ou insulte-la c’est encore par elle que tu le peux ! Renie-la ou insulte-la et elle te déchirera de la délaisser au moment où elle a besoin que tu l’abreuves. Ne reste donc pas sourd à ses cries — aux tiens — ou ton regret ira se peindre en souvenirs de douleurs dans la vie de tes proches. Majestueux ceux qui vivent en la laissant laper lorsqu’un fleuve limpide… coule.

La vie, lorsque je suis sorti du premier sexe, m’a tout pris ; depuis, je vis pour deux « raisons » : guérir de mes blessures et découvrir, petit à petit, avec la lenteur de l’infirme (like turtles, yes?) que la vie me rend tout ce qu’elle m’avait ôté.

Vivre !
¡ Vivir !
Live!
Life
Vida
Vie
et rien en dehors d’elle !

Béquillage — Sondage

Béquillage du quotidien

Je béquille dans une rue, je n’avance pas nécessairement tout droit, j’évite les passants, les poteaux, les poubelles, les flaques d’eau ou d’urine, les excréments canins, secs comme fumants. Je regarde droit devant moi, fixant un point éloigné, sans raison précise, ou plutôt parce qu’il faut bien regarder quand on ne regarde rien, alors autant fixer une chose vague. Un instant du moins. Je jette un œil derrière mon épaule, si rapidement que je n’ai le temps de rien voir, à peine si je regarde qu’une personne ne me dépasse pas ou ne me frôle de trop. Rien de précis à regarder, mon corps est juste en mouvement et si je le pouvais je fermerai sans doute les yeux. Détour du regard sur une fille qui me dépasse, je la scrute de bas en haut, en bloquant un peu au milieu ; puis en pivotant sur mon axe pour éviter un poteau, mes yeux accompagnent mon mouvement axial en se fixant sur l’obstacle passé ; et mes yeux repivotent avec mon tronc. Et je béquille…

Sondage

Me voilà dans la salle-de-bains, je fais face au W.C. en m’appuyant contre le mur à l’aide de mes fesses. Je dépose mes cannes contre la baignoire, à l’arrière du cabinet. Je porte mes mains à mon pantalon en déboutonnant son bouton supérieur et je le fais tomber jusqu’au sol, puis je  m’avance en pivotant pour venir poser mes fesses contre la lunette du cabinet. Je prends dans ma poche une compresse emprisonnée par une sonde. Je l’en libère, et la laisse tomber au sol. Je presse mes mains contre la poche d’eau stérilisée qui se trouve dans la partie supérieure de la sonde, l’eau se répand, la sonde est lubrifiée.  Je déchire alors la partie du réservoir vide avec mes mains, assez bas pour pouvoir me saisir de la sonde et la tenir à deux doigts par le bout de plastique noir qui n’est pas en contact avec mon corps : elle pend en l’air. En même temps je prends la compresse du sol, je la porte à ma bouche et déchire avec mes dents un côté, d’où j’extirpe la compresse. Je la dispose à plat entre mes doigts et viens y enrouler la sonde. La main droite qui tient sonde et compresse ne bouge alors plus, la main gauche saisie mon sexe, et, tandis qu’elle le décalotte, la droite porte à mon gland la sonde lubrifiée que je fais pénétré par l’urètre, doucement, de plus en plus profondément jusqu’à que ce que j’entende le bruit de l’urine éjectée par la sonde.