Hermione ce héros

C’est dans un royaume aux proportions gigantesque que commence notre histoire. Le héros de cette aventure s’appelle Hermione. C’est un héros masculin qui a reçu un prénom féminin car son père, chargé de le reconnaître à sa naissance, avait bu les bières de trop avant d’aller à la mairie. Sur le parvis, il chantait tout haut « Hermione, Hermione, Hermione / Je t’ouvre et je te consomme » — ‘Hermione’ étant (vous l’aurez compris) une marque de bière. N’arrivant pas à articuler d’autres sons que ceux-là, le maire décida donc, au grand dam de la mère – muette –, d’appeler ce fils Hermione ! Voilà pour l’histoire de ce prénom.

Mais revenons au personnage en lui-même. Hermione était un héros assez banal, il était invincible comme Prométhée et Superman, courait aussi vite qu’Hermès et Flash, et avait la dextérité et la vivacité au combat de Bruce Lee et Hercule — rien d’exceptionnel en somme. Il avait, comme eux tous, connu moult aventures extraordinaires, avait combattu des dragons, de vieilles sorcières vierges, de jeunes sorciers pervers et un astéroïde fonçant sur la Terre à toute vitesse. Il avait sauvé des peuples entiers de l’anéantissement par l’esclavage, il avait secouru des bébés sans défense, et des éléphants qu’on voulait braconner. Il avait nettoyé une grande porcherie, fait sauter un immeuble entier rempli de banquiers véreux et avait mis fin au règne dictatorial de l’Argent. Bref, il avait fait des choses extraordinaires — normal !

À l’heure où commence notre récit, notre héros, Hermione, vient de se réveillé, parce qu’il est 5h du matin. Il a choisi cette heure parce qu’il adore être réveillé par les premiers rayons que le soleil lance sur ce monde. Et ce matin, quelque chose fait un drôle de son en lui, un son de cloche annonciateur d’un « funeste destin » – selon la formulation lyrique de son maître –, il sait qu’avant demain matin, quelque chose arrivera ; mais quoi, il ne le sait pas…

Dans ces moments où il se trouve comme un équilibriste sur le fil du destin, prêt à tomber d’un côté ou de l’autre, il fait ce que tout bon funambule accomplit : un grattage de couilles, jambes grandes ouvertes, et une profonde réflexion en buvant son café bouillant, l’astre laiteux comme seul témoin de cet acte grandiose.

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Avec ses dents, Hermione tranche la tête du roi-sage, qui hurle de douleur dans la langue de « ceux qui souffrent » – comme disait son vieux maître. Et voilà que le monde est enfin débarrassé d’un effroyable dictateur. Et tout cela au moment même où les derniers rayons de la Lune laissent place à ceux du Soleil, et que tous vont « voyager allongé », pour parler la langue de « ceux qui rêvent » – comme disait son vieux maître.

Et Hermione, le bel héros, s’en va, avec son compagnon fraîchement délivré des griffes du roi-sage, Héraclès, pour accomplir une petite partie de jambe en l’air sous le regard plein de chaleur de l’astre solaire.

This is the end… oh yes, my friend, the end…