en lisant Sollers

Aussi loin que je me le représente
J’ai toujours pensé que le Sage
Réussissait à unir son Dieu et son démon.
Mais nous, pauvres mortels,
Sommes condamnés à quêter l’un
Quand l’autre nous pend au nez.
Quand l’un nous accable
L’autre nous acclame
Enfin quant un jouit l’autre meurt
Et ceci, éternellement…

Silence nocturne
Vois mes griffes se planter
Vapeurs sans matières
Je fends l’vent
Comme mon crachat touche la Lune
J’tombe dans un silence
L’bruit bourdonne mes oreilles
Mon stylo caresse les feuilles
Âge sans corps de femmes
Largeur d’esprit par incontinence anale ?
Frustre-à-Zion, des-pressions, mise en bière
Anachorète, corps sans peau
tout ça pendant l’enfance
Des kilomètres dans l’myst
Chassés par des bruits d’monstres
Glissement spongieux, un cri,
plus d’respirations
C’est net, marqué, un avant, un après
Pas d’défense, ni d’reflet, sur l’parquet
Un oiseau, un héros, un nombre égal à 0
Un bruit, sans lieu, une tête, sans pieds.

24 avril 2015

Épreuve de la solitude

Au moment où l’âme se retrouve seule, se fait « jour » paradoxal ce qui, sans solitude, ne se dévoile pas plus (hors situation particulière que je ne considère pas ici) que le point si l’on contemple la ligne de haut ; et qui pourtant en est nécessairement la monadique composante. Cette situation existentielle est comprise par les esprits qui méprennent leur propre impuissance de raisonnement pour l’actualisation d’un pouvoir divin en eux : l’épreuve de la solitude.

En quoi est-ce une épreuve ? En ce que cette situation se voit interprétée comme « moment de vérité » : comme moment où la vérité de leur être leur est manifestée en ce que l’âme est affectée par ce sentiment particulier. Ils acceptent ainsi comme vrai, sans peut-être comprendre d’où croissent les racines de ce chemin de pensée, que la solitude est nécessaire (ou du moins possible) au dévoilement de la vérité en tant que celle-ci affecte l’âme. Le Oui, murmurée avec le même fracas et la même banalité que s’échoue sur la plage la vague, les porte ensuite à des conséquences dont eux-mêmes ne peuvent que recueillir la naturelle validité ; en ce que, comme tout croyant véridique, ce qui leur permet de croître le mieux est de croire en la nécessité du principe de causalité (appliquée à la philosophie, ou à la théologie, et encore plus à la croyance populaire en ce que « le cœur énonce la vérité que l’intellect ne peut connaître ») qui devient, pour les plus idiots d’entre eux, dieu lui-même… Mais ce Oui-même, s’il n’était que l’actualisation d’un très ancien schéma, inventée voilà des milliers d’années par les humains en quête de solitude, ou pour se soustraire au regard ou au corps de gêneurs, pour sourdre quelque secret, quelque délire, quelqu’hérésie, quelque refuge – sera-ce encore l’appel du divin que le silence peut accueillir ?

Peu importe l’acquiescement au passé. Car dans le présent la solitude, quoi qu’elle fasse ressurgir à la surface de l’être, que ceci soit interprétée comme « vérité » ou « fausseté » pareillement, impose son interprétation par l’oblitération de quelque chose : le temps.

L’épreuve de la solitude est donc, non pas épreuve du dévoilement de la vérité de l’être à travers l’affection de l’âme, mais : épreuve du dessaisissement des interprétations « psychologiques » au profit d’une affection directe – vivante – du temps.

En passant

L’histoire que je vais te raconter est simple. Elle est simple pour qu’à ta façon tu puisses la raconter en y ajoutant ce sel particulier qui fait que tu es qui tu es. Utilise alors ton imagination, ta sensibilité, pour l’orner de ce qui te semble essentiel pour la rendre proche de l’image que tu t’es formé-e d’elle, que cela soit par le moyen de la sensation seule, ou bien de l’imagination mêlée.

Un homme, dans la vingtaine, travaille à son bureau, en écoutant de la musique africaine. Celle-ci accompagne son travail ; le stimule, le porte comme le vent emporte l’esquif voilé. La musique est reproduite par un système duquel, parfois, le travailleur ressent de la gêne. N’écoute-t-il pas des chants simples, portés par une voix et un simple instrument à corde, à l’aide d’un attirail technologique très compliqués ? Mais plus tard, oui plus tard, il se rapprochera de ces choses simples. Oui…

Le même homme, maintenant âgé de la trentaine, les cheveux forts, a fini de travailler. Il est maintenant assis avec un groupe de musicien africain. Il y a là une chanteuse, et un joueur d’instrument à corde. Il a réalisé son rêve, il est venu avec ceux qu’il écoutait jadis, ou dans une vie antérieure, il ne sais même plus vraiment lui.

Il sourit. Tape dans les mains, au rythme – unique – de la voix de la chanteuse et du frottement des cordes.