2 places dynamique dans la puissance

Nous nous faisons face : moi, assis sur le bord de la table ; toi, debout, tu enlace ma taille et caresse mon cul, tes doigts tracent des sillons sur le sable de ma peau. Nous nous embrassons ainsi, sans horloger le temps, comme s’il ne durait plus, immergeant nos consciences dans la viscosité de nos baves – contre lèvres contre lèvres. Et puis cet instant arrive où il me semble bon de t’amener là où mon désir l’ordonne. Je tourne ma bouche vers ton oreille et y dépose quelques mots ; avec une voix qui incite-et-refuse ta volonté. « À genoux. » – sitôt tu te meus à cette place, avec légèreté et pleine du vide qui est l’attribut que ma voix a manifesté ; synchrone, je m’assois au sol : nous nous faisons face.

Ton regard et ton visage ne me quittent pas, et pourtant c’est un autre toi que je découvre à mesure que tu respires en cette nouvelle place[1]. Et tu attends, dans l’éternité de ton propre vide intérieur — là — ton visage s’est mût en ce que tu caches aux yeux de tou.te.s. Tu sais jouir d’être sous mes yeux, car tu aimes à lever les yeux vers ce qui les baisse pour toi. Je sais jouir des changements de ton visage.


[1] Je n’ai pas d’accès à ce nouveau moi (de soumise) que tu découvres ; mon je n’a pas à te paraître aussi intime en toi que ton je ne l’est pour toi.

Sensation de puissance : moi, mon emprise ; toi, l’emprise (« la sienne » dirais-tu, en ce fin mensonge où les femmes habitent – certaines certainement -, et dont les hommes sans substance se repaissent). Ma main calme enserre ton cou ; je te dessine, te situe telle que je te rêvais ; à nouveau ton visage s’est mût là, circonscrite par l’élan de l’instinct qui me meut – c’est lui qui vient de te mouvoir ; mon instinct fait l’épreuve de la lucidité de ta place. J’en ai appelé au vide intérieur en toi pour que tu consentes, par ton agenouillement, à te départir de ton identité ; je ne suis pas l’agent de cette soumission, mais le déclencheur ; je capte, respecte et me meut, par mon instinct, en ton vide intérieur — je-te-domine|tu-es-dominée.

Et la forme que je te donne, celle d’être cet objet d’intensité, toi seule est celle qui la permet ; pour éprouver ta puissance tu as choisi de devenir une surface pour mon élan, tu as eu désir de t’y offrir.

Je vis comme une douce transe ; je ne fais plus attention aux bruits du tissus, ni même à ta chaleur qui, prélude à l’offrande, réchauffe mes couilles et émeut mon gland rougit ; le durcissement de mon sexe est là, sans que sa puissance n’y siège : elle est proche de l’acte qui te fera basculer dans le domaine indicible du vivant, « la mort » (c’est le nom que les enfants donnent au passage accompli dans le vivant), – tous deux le sentons, nous arrivera à nous deux, différemment pour chacun.

Voulant me commander d’abord – quel enfant ! -, j’hume l’atmosphère des tripes de mon esprit ; en me résignant stérilement – ah… l’adolescent ! – à ne le pouvoir pas, alors, je m’achemine à comprendre que c’est mal connaître la puissance que d’accroire qu’on peut la forcer – bien, jeune homme ! -, et je me rappelle alors le secret – oui, l’adulte ! -, je la laisse seule depuis le fond jaillir, – quand elle le veut !

La soumise ouvre initialement au dominant sa dominance.

Pour toi c’est la nuit…
Tu n’es pas morte
Ni même vivante

5 janvier 2017, entre minuit et 1h30, repris le 17 septembre, 1er octobre et le 12 décembre 2019

Difficulté de l’écriture

Un être humain… Un être humain est un abime de complexité……

On ne peut écrire dans une parole « unifiante » ce qu’est un être humain. C’est à ce geste unificateur, à ce geste qui arrive à son but en débitant des pans entiers que se trouve, me semble-t-il, l’erreur dans l’écriture de ce qu’est un être humain.

Bien sûr il n’existe pas de phrase ultime. L’écriture est la phrase écrite, ou encore l’équation ou la figure géométrique, et encore le dessin ; on la retrouve à chaque fois diversement en tant que cela vient tout juste d’être tracé.


En préambule, on peut signaler l’insuffisance de l’humanisme quand celui-ci énonce une théorie de l’Homme universelle, là où, sur cette Terre qui est la nôtre, il n’existe rien de plus qu’une universalité d’humains. Ainsi, multiplicité et non pas unité de l’humain.

Les quatre vecteurs

Depuis mon plus jeune âge, ce que je veux faire de ma vie se résume ainsi : penser, aimer, vivre, être moi.

L’être que je suis étant fini — ô joie ! —, il m’a fallut apprendre à faire co-exister ces quatre vecteurs. Car sans ordre l’être est, mais périt.

D’abord vivre ; puis aimer si je ne pouvais vivre ; puis être soi si c’est par là que je devais accroître le penser, l’aimer et le vivre.

Que comprendre à partir des contraintes que nous imposent l’existence ? Que nous créons des séries, des enchaînements de vecteurs.

Quelqu’un pourrait me dire « Tu es libre, tu as dépassé tes nécessités, tu fais ce que tu veux. » Je ne suis pas en désaccord sur tout, certes, mais enfin, comment être un ami quand sur l’essentiel il y a une différence inconciliable ? Je demeurerais amical, du moins, en restant bienveillant dans l’usage de mon tranchant (séparer le gras sans émousser ma lame).

Car libre, certes, je ne le suis pas. La liberté me semble être une ouverture de l’indéterminé au sein du déterminé. Être libre c’est être un créateur ; or le créateur est l’être qui est en train de créer : il est le créant, celui qui est en train de chercher à « maîtriser » le processus. Ainsi, libre je ne le suis pas, car c’est dans le tunnel d’air — qui certes n’est pas le produit de ma volonté, mais que ma volonté doit savoir recevoir pour réussir à la dominer — que ma nécessité m’impose à son aspiration. Je ne pense pas être libre car si ce n’est la sérialisation (qui, elle, est bien création de ma volonté) je ne suis le créateur de rien : car ni du vivre ou du penser, ni de l’aimer et de l’être moi, je n’ai rien créé : j’ai reçu tout cela. Je ne dis pas « reçu d’une Transcendance », je dis « reçu » pour signaler que nulle instance-sujet ne créa ces vecteurs : c’est là l’œuvre de la nature-culture.

10 janvier 2017, repris le 17 septembre 2019

À partir d’un aphorisme arabe

« Tu es ce que tu caches au fond de ton cœur. »

(Citation d’un philosophe, ou poète, arabe inconnu. Travail rendu pour un cours de philosophie arabe, à Paris-VIII, en 2010)

Cette phrase fait renaître en moi un sentiment profond, le même que l’on peut retrouver en regardant une vieille photo nous représentant enfant, et sur laquelle, dans notre regard, brille ardemment ce que désormais nous éprouvons de la difficulté à ressaisir. Dans ce regard d’avant, il y a l’affirmation positive de faire son chemin dans la Vie, de forger son creuset vital en ligne droite sans considérer les problèmes que pose l’existence, non pas que nous les ignorions complètement, mais plutôt car on se saisit soi-même comme étant suffisamment fort pour les dépasser. Nous, enfant, baignions alors tant dans la Vie qu’elle ne nous faisait pas peur, et nous montrions au monde notre positionnement existentiel par notre légèreté. Êtres en croissance, il n’y avait qu’un mince détroit de Gibraltar entre nos désirs et nos actions, tant le désir – l’élan du cœur – allait de soi.

Passons très vite sur la dégénérescence des ans, qui créée autour du désir des mirages de désirs, des fantômes de désirs qui s’agitent ; création de la machine raisonnante de l’ego qui produit incessamment ces oblitérations, qui sont autant de voiles qui nous distancient du Réel. Et de leur surnombre provient la fonction oblitératrice de l’ego : il sursature de désirs superficiels les désirs profonds. Ceux-ci –  ceux que l’on a apparentés au cœur – distribuent de la vie dans le corps, et fait que le corps devient capable de supporter l’existence et que la pensée s’éclaircit ; le mouvement introspectif change de qualité : au lieu d’anticiper le monde, il se trouve dans un état vivant, symbiotique avec le Réel. Et le Réel est le désir, en tant que le désir est ce qui nous fait exister réellement dans la Vie. C’est quand l’Être annule la distance entre le Réel et lui qu’il se met à exister de toute sa puissance, c’est-à-dire qu’il cesse de se diluer dans l’illusion d’exister : il se met à produire, avec le corps et l’âme, de l’écrit, du parler, du mouvement (etc…) spécifique à cet état. Le rapport à la pensée n’est également plus le même, elle se met à agir dans le corps et non plus au-dessus de lui ; car la pensée n’a plus peur d’elle-même, n’a plus mémoire de ses limites ; elle évolue sur son plan, le créant par son mouvement ; et c’est cette dynamique qui est vitale, existentiellement parlant, et pas les choses créées par cette dynamique, car si celle-ci vient à s’arrêter, alors l’ego se moulera dans les choses que la dynamique créa, jouant un nouveau mauvais tour à l’introspecteur (sic). Nous ne sommes pas notre cœur, mais nous sommes les pulsations de notre cœur qui injecte le sang dans notre corps.

Tu es ce que tu caches au fond de ton cœur !

(Brouillon préparatoire)

  • (∆) voyage intérieur
  • conditionnement social
  • (X) désir
  • (X) force de vie
  • (X) rêves
  • (∆) refoulement des pulsions
  • (X) personne profonde
  • (X) personnalité riche
  • (X) Vie
  • (X) proximité avec la vie
  • « les hommes qui trempaient le plus dans la vie, qui la moulaient, qui étaient la vie même, » (Miller, Sexus)
  • (X) évidence du cœur
  • (X) présence à soi entière
  • (∆) distance entre l’action et le désir
  • (∆) oblitération
  • introspection
  • (X) puissance
  • (∆) peur
  • (X) développement personnel

En ce jour

Yo — Je nage dans la mare claire de mes souvenirs
Pour m’entraîner à nager libre dans l’océan de la vie.

Des fois l’air me manque
Je suis encore l’enfant qui cherche ses limites
Un homme qui désire les forger dans l’effort
Une femme qui caresse ses faiblesses
Car les épreuves n’oublient pas de tout faire trembler.

Suis-je libre ? bien sûr que non
Ce que je suis, me fut pré,-disposé avant que je ne l’écrive.

Tu n’imagine pas le tournis
Que de savoir, au fond du soi,
Que je suis un maître parce que je me soumets
J’en ressors l’ego exsangue
La langue sale comme le fleuve Gange
L’esprit lent plombé par l’erreur
Mais j’aime ce sang
Le signe clair de mon évolution.

Rare les journées qui s’écrivent à l’encre de l’aisance
Cela me sauve
De devoir supporter une existence vide
Soumise à l’image que le Je a construit de la vie
Et qui le tue, à petit feu.

Toutes les formes fausses, qu’on prête à la puissance,
S’évanouissent, comme des fantômes,
Quand une épée neutre te perce le corps

Ce moment divin, où la vie se veut, parce qu’elle est le Tout,
L’Un indivis, complète gratuité
Au fond du fond de tous.

Je ne veux pas d’autres sciences que ma sagesse
Je veux la joie & la détresse
La haine & l’amour
Suspendu au fil de l’inconditionnel.

Ce que je veux
oui, l’ai-je, déjà vécu
Ce que je peux
certes, m’a déjà détruit
Ce que je suis
demain ne sera plus

Il y a l’Un,
Au-dessus de l’être
Que des étants le contemple
Ne lui change rien
Tu sauras cela quand tu seras ce que tu es, dans l’éternité
Tout le reste n’est que palabre vaine
La ritournelle stérile qui engendre l’inerte
Qui conditionne le délitement éternel
Duquel les faibles se font la part du lion.

Si n’était la violence de la nature
Jamais je n’aurais pu
Tant garder les yeux grands ouverts
Sur ce que l’humain a besoin de ne pas connaître
Et je suis né-avec
À la fois le beau & l’abject
Je suis un tout, humain qui est
Désir d’une vie croissante comme un Grec — Yo

À Lyon, le 27 août 2019

Mon « handicap » ?

Ce que j’ai toujours vu c’est le tremblement en profondeur sur lequel l’humain se construit : dans le « handicap », il n’y a pas tant du handicap – selon mon expérience, cette image de l’existence tronquée, le handicap est comme une image d’image, c.à.d. une mise à l’écart, une aliénation à propos de l’être – que du vivant (la production de l’existence concrète). À la réponse « le handicap est une brisure de l’Image de l’Homme », j’ai vu « L’humain est une solitude productrice d’images ».

À Lyon, septembre 2018

Le corps affecté-pensant

            C’est en apprenant à me connaître moi-même que j’ai appris que si j’existais, ce n’était pas pour vouer culte à un vécu de mon corps (et quel vécu n’est pas la grâce !), et de sacrifier ma vie pour partager ce vécu avec d’autres l’ayant eu. Non, en me connaissant moi-même, ce que j’ai appris c’est combien mon corps prenait (un) plaisir (intense) à ses vivres, et cela, certainement, parce que mon corps, bien mieux que mon esprit, sait qu’il naît—vit—meurt. Et l’esprit malcomprend la réalité quand il croit que la mort est tragique ; car, pour le corps, il n’y pas de tragédie, elle est contenue dans le principe de sa constitution. Le corps est ce système vivant très complexe qui est possibilisé par « soumission » au temps.

            Le schéma de Platon peut être reconstruit en partant du devenir (esthétique), et, en lui imprimant un axiome le justifiant (eidos), par lequel on explique la genesis (naissance) comme une qualitative venue à l’être (cette qualité dépend de la perception qualitative des eidè, qui se déroula pendant une révolution circulaire et dans l’arrière-monde des dieux). C’est réellement une mystification ; en réalité c’est le temps qui démontre, par les mille faits qu’il déploie, qu’une naissance, même « toute relative » (sans sujet, sans âme), est en train d’avoir lieu… Au fond, si le mythe de Platon est improbable et camoufle son scepticisme avec cette esthétique de la Vérité, c’est parce qu’il a pour intérêt pratique d’être utile à supporter la mortalité ; et cette dernière, en effet, démontrera toujours le temps. Et si l’on a le droit d’édicter un rapport entre l’improbabilité du mythe et la mort c’est par l’irréfragabilité du temps – sans le temps, il faudrait dire que cette relation est fictionnelle, et il nous faudrait alors la rejeter. En vérité, quand l’esprit a des pensées à propos de la mort, et qu’il manque de maturité, il spécule sur la mort ; or, pour le corps, elle n’est pas une tragédie, mais une condition vitale : si le corps sait qu’il mourra, c’est avant tout par l’irréversibilité de sa naissance[1] : le corps est donc incapable d’« imaginer » une existence où la naissance et la mort serait des événements accidentels ou contingents (ce qui est bien le cas dans une théorie de l’humain où l’âme et le corps sont séparés, qui monnayent la tranquillité d’esprit au prix de l’ignorance). Bref, le corps se passe complètement d’épistémologie quand il s’agit de la naissance et de la mort : c’est l’advenir de la mort qui importe, pas sa nécessité : la mort n’est pas un événement, on n’y peut pas joindre une relation d’intelligibilité (C’est le social (nation, famille, communauté) qui en fait un événement). – En se comprenant soi-même, on plonge verticalement vers la singularité, on fuit donc son identité sociale : mais cette plongée n’a pas de fond, et cela est très bien ainsi car sinon cela signifierait que le vivant pourrait choisir de ne plus être vivant par lui-même (le suicide étant ici un choix délibéré, rendu possible par des éléments extérieurs au corps, tels que médicaments, objets physiques), ce qui est absurde car alors comment expliquer la persévérance dans l’être de l’humanité ? Cela m’a toujours donné une preuve de ce que tout ce que l’on vit, ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce que l’on dit est à rapporter à quelque chose de temporel.

            Parler du « fond des choses » ou de profondeur c’est faire un anthropomorphisme car il n’y a que la nature telle que la culture ne peut pas la voir (ne croyons même pas que « nos ancêtres » le pouvaient). Non, au fond de l’humain, c.à.d. avant tout type d’information qu’un esprit humain peut traiter, il n’y a même pas rien, car « cela » serait encore un non-être (un être à qui on a fait subir une négation signifie encore la possibilité d’une désignation) ; il n’y a pas non plus ce spectre que les crétins appellent « leur Dieu », car ceux-là posent une relation d’appropriation en ce qu’ils se soumettent à quelque chose qui, en toute rigueur, n’a pas de vie car est sans commandement, si ce n’est celui que leur esprit se donne à lui-même. Que l’Infini ait une volonté c’est dire qu’il est fini. La limite finale de l’humain c’est l’opérativité de l’esprit : et qu’est l’esprit, si ce n’est une production-ne-s’interrompant-jamais d’images ? Chercher à aller par-delà « l’humain », c’est tenter de circonvenir l’opérativité naturelle de l’esprit (un humain ne peut dire « son esprit » qu’après sa socialisation). Or, l’unique manière d’exprimer ou d’affirmer « cela », est aussi l’unique manière de s’assurer qu’elle soit complètement incomprise, et donc, transmise.

Le réel silence, performance qu’on ne peut performer.

            Le réel silence – l’impersonnel –, ne produit plus d’images… et pourtant, il pourrait y avoir encore production, car il s’agit d’un « état » où ce n’est pas l’interdit (figure de l’impuissance) qui commande… car à nouveau, en toute probité, il s’agirait, là encore, d’une image causée par une autre image, donc de l’effet d’une volonté. Le réel silence « s’approche » quand les informations s’« absentent » (nous utilisons des anthropomorphismes par nécessité, mais il ne faut pas y apporter créance !) Mais par là on n’avance pas pour la science, on découvre une limite immanente à l’animal : que ce dernier ne décide de rien… Néanmoins, cette limite sert la science en ce qu’elle fournit un critère indiscutable entre le culturel (nature, culture, social, esthétique) et le pré-culturel (nature impersonnelle, individu pré-individuel). On sait parce qu’on apprend de l’erreur ; on peut connaître parce que nous sommes forcés d’être affecté par la pensée pure ; la plurivocité fondamentale permet le vivant, c.à.d. les pensées régionales.


[1] Est barré ce dont l’esprit a besoin, mais ce dont le corps se passe. À ce qu’il me semble, le corps ne possède pas de conscience réflexive ; mais comme c’est toujours l’esprit qui écrit, même pour parler du corps, et que l’esprit est une gigantesque machinerie réflexive, ce dernier a besoin d’« hypostasier » une réflexivité.