Question au psychologue

Qui est fou ?

Le fou, ou alors celui qui le tente ?

Le sage, lui, contemple, – mais quoi donc ? Lui, l’autre et la situation, c’est ainsi qu’il est.

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Mon « handicap » ?

Ce que j’ai toujours vu c’est le tremblement en profondeur sur lequel l’homme se construit : dans le « handicap », il n’y a pas tant du handicap – cette image de l’existence tronquée, le handicap est comme une image d’image – que du vivant (la production de l’existence concrète). À la réponse « le handicap est une brisure de l’Image de l’Homme », j’ai vu « L’humain est une solitude productrice d’images ».

À Lyon, septembre 2018

Le corps affecté-pensant

            C’est en apprenant à me connaître moi-même que j’ai appris que si j’existais, ce n’était pas pour vouer culte à un vécu de mon corps (et quel vécu n’est pas la grâce !), et de sacrifier ma vie pour partager ce vécu avec d’autres l’ayant eu. Non, en me connaissant moi-même, ce que j’ai appris c’est combien mon corps prenait (un) plaisir (intense) à ses vivres, et cela, certainement, parce que mon corps, bien mieux que mon esprit, sait qu’il naît—vit—meurt. Et l’esprit malcomprend la réalité quand il croit que la mort est tragique ; car, pour le corps, il n’y pas de tragédie, elle est contenue dans le principe de sa constitution. Le corps est ce système vivant très complexe qui est possibilisé par « soumission » au temps.

            Le schéma de Platon peut être reconstruit en partant du devenir (esthétique), et, en lui imprimant un axiome le justifiant (eidos), par lequel on explique la genesis (naissance) comme une qualitative venue à l’être (cette qualité dépend de la perception qualitative des eidè, qui se déroula pendant une révolution circulaire et dans l’arrière-monde des dieux). C’est réellement une mystification ; en réalité c’est le temps qui démontre, par les mille faits qu’il déploie, qu’une naissance, même « toute relative » (sans sujet, sans âme), est en train d’avoir lieu… Au fond, si le mythe de Platon est improbable et camoufle son scepticisme avec cette esthétique de la Vérité, c’est parce qu’il a pour intérêt pratique d’être utile à supporter la mortalité ; et cette dernière, en effet, démontrera toujours le temps. Et si l’on a le droit d’édicter un rapport entre l’improbabilité du mythe et la mort c’est par l’irréfragabilité du temps – sans le temps, il faudrait dire que cette relation est fictionnelle, et il nous faudrait alors la rejeter. En vérité, quand l’esprit a des pensées à propos de la mort, et qu’il manque de maturité, il spécule sur la mort ; or, pour le corps, elle n’est pas une tragédie, mais une condition vitale : si le corps sait qu’il mourra, c’est avant tout par l’irréversibilité de sa naissance[1] : le corps est donc incapable d’« imaginer » une existence où la naissance et la mort serait des événements accidentels ou contingents (ce qui est bien le cas dans une théorie de l’humain où l’âme et le corps sont séparés, qui monnayent la tranquillité d’esprit au prix de l’ignorance). Bref, le corps se passe complètement d’épistémologie quand il s’agit de la naissance et de la mort : c’est l’advenir de la mort qui importe, pas sa nécessité : la mort n’est pas un événement, on n’y peut pas joindre une relation d’intelligibilité (C’est le social (nation, famille, communauté) qui en fait un événement). – En se comprenant soi-même, on plonge verticalement vers la singularité, on fuit donc son identité sociale : mais cette plongée n’a pas de fond, et cela est très bien ainsi car sinon cela signifierait que le vivant pourrait choisir de ne plus être vivant par lui-même (le suicide étant ici un choix délibéré, rendu possible par des éléments extérieurs au corps, tels que médicaments, objets physiques), ce qui est absurde car alors comment expliquer la persévérance dans l’être de l’humanité ? Cela m’a toujours donné une preuve de ce que tout ce que l’on vit, ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce que l’on dit est à rapporter à quelque chose de temporel.

            Parler du « fond des choses » ou de profondeur c’est faire un anthropomorphisme car il n’y a que la nature telle que la culture ne peut pas la voir (ne croyons même pas que « nos ancêtres » le pouvaient). Non, au fond de l’humain, c.à.d. avant tout type d’information qu’un esprit humain peut traiter, il n’y a même pas rien, car « cela » serait encore un non-être (un être à qui on a fait subir une négation signifie encore la possibilité d’une désignation) ; il n’y a pas non plus ce spectre que les crétins appellent « leur Dieu », car ceux-là posent une relation d’appropriation en ce qu’ils se soumettent à quelque chose qui, en toute rigueur, n’a pas de vie car est sans commandement, si ce n’est celui que leur esprit se donne à lui-même. Que l’Infini ait une volonté c’est dire qu’il est fini. La limite finale de l’humain c’est l’opérativité de l’esprit : et qu’est l’esprit, si ce n’est une production-ne-s’interrompant-jamais d’images ? Chercher à aller par-delà « l’humain », c’est tenter de circonvenir l’opérativité naturelle de l’esprit (un humain ne peut dire « son esprit » qu’après sa socialisation). Or, l’unique manière d’exprimer ou d’affirmer « cela », est aussi l’unique manière de s’assurer qu’elle soit complètement incomprise, et donc, transmise.

Le réel silence, performance qu’on ne peut performer.

            Le réel silence – l’impersonnel –, ne produit plus d’images… et pourtant, il pourrait y avoir encore production, car il s’agit d’un « état » où ce n’est pas l’interdit (figure de l’impuissance) qui commande… car à nouveau, en toute probité, il s’agirait, là encore, d’une image causée par une autre image, donc de l’effet d’une volonté. Le réel silence « s’approche » quand les informations s’« absentent » (nous utilisons des anthropomorphismes par nécessité, mais il ne faut pas y apporter créance !) Mais par là on n’avance pas pour la science, on découvre une limite immanente à l’animal : que ce dernier ne décide de rien… Néanmoins, cette limite sert la science en ce qu’elle fournit un critère indiscutable entre le culturel (nature, culture, social, esthétique) et le pré-culturel (nature impersonnelle, individu pré-individuel). On sait parce qu’on apprend de l’erreur ; on peut connaître parce que nous sommes forcés d’être affecté par la pensée pure ; la plurivocité fondamentale permet le vivant, c.à.d. les pensées régionales.


[1] Est barré ce dont l’esprit a besoin, mais ce dont le corps se passe. À ce qu’il me semble, le corps ne possède pas de conscience réflexive ; mais comme c’est toujours l’esprit qui écrit, même pour parler du corps, et que l’esprit est une gigantesque machinerie réflexive, ce dernier a besoin d’« hypostasier » une réflexivité.

Bio (écrit à 22 ans)

Peu de personnes connaissent ce que renferme mon cœur,
De mon amertume la plus sombre à mon amour le plus clair
Ce que je laisse filtrer au travers de mon regard
Donne de moi une image fatiguée ou soumise au hasard
Des vicissitudes de la vie.
Rire & pleure alterne autant en prendre l’habitude,
Accepter qu’on contrôle pas les émotions de nos destinés
Destiner sa vie à dévoiler ce qu’on se cache et qui nous crève la rétine.

Parler de soi-même, sans maquiller ses émotions
Et ce même si le monde nous pousse à ne pas le faire.

Je pleure des larmes sèches
Qui émane de mon coeur :
L’impression que le sort s’acharne,
Que l’histoire se répète
Pareil à elle-même ;
En fait je n’ai rien compris,
Et le peu de savoir que je possède
Encaisse peu ce que je traîne.
Ma perception est brouillonne
De mon impuissance, je tire haine et désir d’y mettre un terme.

Dans ces moments l’âme est comme une feuille
Déchirée entre la haine et l’amour qui l’ont enfantée.

Mon estomac se noue et mes poings se crispent
Contre le destin qui met à genoux
Et désoriente de la piste.

22 ans de marche solitaire, solidaire de moi-même
Beaucoup de personnes m’ont tendu la main
Car à moi seul je personnifie le combat qu’on abandonné certain
On me dit donc que j’ai du courage
Foutaise, si c’était vrai je pleurerai moins dans mes pages
Je m’contente de vivre, sur mes épaules le poids est lourd
Et si je m’effondre j’ai peur qu’on n’entende qu’un bruit sourd.

Même si je réussi dans la difficulté
Je suis prisonnier d’elle, je peux pas l’annexer
Je me dis libre, mais en fait, je n’ai que 2 options
La 1ère, la mort & la 2ème, la mission
On se dit compliqué mais quand on regarde ce qui est vraiment important l’équation se simplifie.

Le souhait de mourir, comme chacun je l’ai ressenti
Dans l’obscurité de ma chambre ou dans une radieuse après-midi.

La simplicité est tentante, certains l’ont choisi
Mais sans raison particulière je suis accroché à la vie
Je suis la tique qui suce la moelle de cette chienne
Et j’entends bien laisser ma marque sur son pelage
Qu’à cela n’tienne,
Ma mission m’y amènera, et par laisser ma marque
J’entends dans le cœur des gens et pas dans les médias.

Petits bouts sur le corps — Le corps abîmé

Je suis le poète du corps
Je rap ses rythmes, ses souffles
Ses silences, naissances et ses morts
Son amour, Je suis son humble témoin et bon rapporteur
J’en décris la vie entière / fidèlement
Pose l’important en vertu de ses valeurs propres
Et même si c’est sale, là n’est pas la question
Rimes pures et jambons, belles jambes échancrés, belles récréations
Météo cendreuses, œil du cyclone des émotions
Beauté et beauté et beauté et beauté… puis refrain

Petits bouts sur le corps

Mon corps vit une sorte d’histoire animale
Une jungle & un cosmos
D’où jaillit net, milles merveilles,
Cauchemars pour la conscience

Perverse conscience, tu es la lâcheté qui orne mon courage,
Disperse ma vision simple en multiples globules
Sans liens entre eux, pour images.

Apaise-toi ! Ou oublie donc !
Cesse de te tourner sans cesse, tu t’empêches de dormir !
Or, je respire ! Là, réside la noblesse ; tout, puis, n’est que littérature…

*

Le corps abîmé
Texte d’Élodie — une amante — écrit en juin 2016

Statue des temps modernes.
Tordant le culte du corps, d’un corps droit, symétrique, attirant.
Aux ordures les corps dérangeants, les corps étranges,
Ceux qui chantent des sensations nouvelles, ceux qui bousculent et interpellent.
Ceux qui te parlent d’une autre vie, ceux qui sont marqués par celle-ci.
Ceux qui te forcent à vivre autrement. À être autrement.

Corps branlant.
Corps puissant.

Je t’ai devant moi. Et je pense que je tremble. Et je pense que je me trouve en zone inconnue.
S’il n’y a pas de vrai dégoût, il y a peut-être du rejet de ma part.
Tes membres déformés, décalés.
Je ne sais pas quoi en faire.
Je tremble comme si j’étais [a]u bord du vide.
Ton corps en forme de pyramide inversée. La force de tes bras et l’aspect si chétif et fragile de tes jambes.
Mon regard fuit. Je le sais. Il fuit parce qu’il ne veut pas encore appréhender la réalité.
Parce qu’il ne comprend pas ce qu’il a en face de lui.
Pourtant je te trouve beau.
Te parler, t’écouter, entendre ton lien avec lui, entendre et voir ce que tu en fais, comment tu le vis, comment tu le ressens. Ton corps abîmé.
Je n’ai pas envie de te laisser partir sans avoir vu le beau dans chaque partie de ton corps.
Des hanches comme des vallées. Creusées.
Des cicatrices.
Des mollets fins.
Une douceur.
Ta douceur.
Ton corps abîmé me plaît.
Ton corps émouvant.

L’avènement des machines

L’avènement des machines aura pour conséquence de manifester le propre de l’humain, son imperfection, sous un angle qui lui donnera des millions de plaisirs et de souffrances : démultiplication de son domaine analogique.

Heureusement que Dieu est mort ; oui, heureusement que du verbe être, en particulier, et du langage, en général, nous connaissons la limite. Avoir honte de son imperfection quand les machines semblent meilleures que nous, c’est avoir une idée bien médiocre de la perfection ; signe d’une humanité servile (néolibérale), du moins d’une humanité qui ne s’est jamais rencontré en propre.

Si effectuer beaucoup de calculs à une très grande vitesse c’est être intelligent, on peut se demander (en suivant le même raisonnement) pourquoi les psychotiques ne sont pas reconnus comme les meilleurs représentants de notre espèce, ou comme les meilleurs artistes : « supériorité » quantitative. Mais croire que l’art, et accroire que la pensée sont réductibles à une quantité (qu’elle soit très importante ou très faible, car après tout le raisonnement va aussi dans le sens inverse), c’est au moins aussi sensé que de croire que le bonheur se trouve au creux d’une pièce (d’argent ou d’immobilier), et la mort loin de soi : enfantillage que tout cela.

10 décembre 2018